LES P’TITES VOIX DE MA GRAND-MERE

LES P’TITES VOIX DE MA GRAND-MÈRE, 28 cyanotypes virés au café, 10 x 10 x 1 cm, contrecollés sur panneaux de bois, 2026. Création pour l’Exposition LES P’TITES VOIX, à la Galerie du Lunetier, Mons-en-Baroeul.

Cette série prend naissance dans la maison de ma grand-mère, aujourd’hui partie vivre en EHPAD. Une maison restée intacte, comme suspendue dans le temps. Un lieu traversé par les voix du passé, par des présences diffuses qui persistent alors même que la mémoire s’efface.

À l’origine, il y a une tentative intime : retrouver « l’air » de ma grand-mère, saisir ce qui subsiste d’elle alors que ses souvenirs se sont presque entièrement retirés. Un travail sur la mémoire s’opère, où dialoguent deux corps : l’un presque absent de tout souvenir, l’autre en manque d’histoire.

De vieilles photographies retrouvées et un journal « Mes chers petits » écrit entre 1985 et 2012. Une distorsion s’opère entre les mots lus aujourd’hui et ceux tant entendus. En la lisant, ce n’est pas ma grand-mère que je retrouve mais des traces de notre enfance et l’image qu’on voulait de nous. Je touche le relief de son écriture sur le papier. Je la vois avec son visage d’avant. Je cherche entre les lignes des signes d’elle.

J’ai longtemps cru que les mots pouvaient combler les manques des images. Mais c’est dans le corps qu’il faut aller chercher. Il faudrait pouvoir disséquer les corps pour y plonger, se recouvrir de leurs peaux, être l’autre quelques instants pour sentir, comprendre. On pourrait alors parcourir toutes ces vies en fantôme pour tenter de se retrouver soi.

Très vite, ce travail déborde la sphère personnelle. Il interroge ce qui traverse toute famille : la transmission invisible, les attentes murmurées, les rôles assignés, les fidélités inconscientes. Il questionne la manière dont les générations se superposent en nous, comment on croit s’être défait d’un héritage alors qu’il persiste dans les gestes et les postures. Il ne s’agit plus seulement de retrouver un être, mais de comprendre ce qui, dans toute famille, se transmet malgré soi et ce qui fabrique nos identités.

En parcourant ces traces, ce n’est pas seulement une figure singulière qui se dessine, mais une image collective : celle que chaque famille projette sur les siens, celle que chacun tente d’habiter — ou de fuir.

Ces « p’tites voix » murmurent toujours en nous.